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Akio Morita – Le Samouraï qui a inventé l’électronique grand public

Le lancement du Walkman, en 1979, a fait du patron de Sony le Japonais le plus célèbre au monde. Mais parmi les dizaines de millions de fans de musique qui se sont rués dès sa mise en vente sur cet appareil révolutionnaire, combien savaient d’où il venait réellement ? La consonance tant du produit que de la marque faisait plutôt penser à un produit « made in USA ». Akio Morita, qui se souvenait du temps où « made in Japan » était synonyme de camelote, n’avait pas choisi au hasard le nom de son entreprise. Ce magnat de l’électronique grand public se sentait d’ailleurs très à l’aise aux Etats-Unis, où il avait fait coter sa société, implanté une usine et même vécu un temps avec sa famille. En dehors de ses séjours à Tokyo, il y menait une vie si bien adaptée aux mœurs du cru qu’on disait de lui qu’il avait plus l’air d’un Américain de la côte Est que d’un Japonais.

Accrocs à la tradition

Quelle métamorphose pour ce fils d’aristocrates que tout destine, à sa naissance, en 1921, à vivre selon les valeurs ancestrales ! Akio est en effet le rejeton d’une longue et riche lignée de brasseurs de saké. Son père, conservateur bon teint, le prépare dès l’enfance à lui succéder. Normal, c’est l’aîné. Bien que descendant d’une famille de samouraïs, sa mère est plus ouverte au changement. Akio obtient ainsi – premier accroc à la tradition – de troquer son futon contre un lit à l’occidentale. Ce passionné de musique et d’électricité dispose également d’un superbe électrophone, qu’il ne se lasse pas de démonter et de remonter.

Après le lycée, il s’inscrit en physique à l’université d’Osaka. Surviennent Pearl Harbour (1941) et quatre ans de guerre. Peu enclin à s’exposer à la mort – deuxième accroc à la tradition –, il se fait mobiliser comme technicien et participe à des recherches sur les armes à guidage thermique. La capitulation du Japon met un terme à cette brève carrière militaire. C’est alors, écrira-t-il plus tard, qu’il prend conscience de la puissance écrasante de l’Amérique et des efforts à fournir pour remettre le Japon debout.

Capteur d’ondes courtes

Revenu à l’université, il retrouve Masaru Ibuka, un civil qui travaillait avec lui dans le groupe des chercheurs de l’armée. A 38 ans, Ibuka dirige la société d’instruments de mesure que lui a confiée son père. Mais cet homme entreprenant veut se spécialiser dans les télécommunications. En 1946, il crée la société Totsuko, s’installe avec vingt collaborateurs à un étage indemne d’un entrepôt bombardé, et demande à Akio de se joindre à lui. Le père Morita n’apprécie pas de voir s’interrompre la dynastie familiale de brasseurs, vieille de quinze générations. Mais le beau-père d’Ibuka, membre du gouvernement, plaide la cause du jeune homme. Akio est autorisé, à 25 ans, à vivre sa propre vie : troisième accroc à la tradition.

Les premières années sont difficiles. La PME bricole un capteur d’ondes courtes adaptable aux récepteurs à ondes moyennes. Mais pour Ibuka et Morita, désormais associés, l’avenir appartient aux magnétophones. Lors d’une visite à la station de radio NHK, ils découvrent un modèle à bandes magnétiques qui surclasse de loin le magnétophone à fil qu’ils tentent laborieusement de mettre au point. Voilà ce qu’il leur faut. En 1950, ils fabriquent leur propre magnétophone à bandes. Mais il pèse 35 kilos et son prix dépasse le salaire annuel d’un cadre.

Définir le marché

Akio Morita comprend alors qu’il ne suffit pas de concevoir une petite merveille, mais qu’il faut aussi étudier le marché. Dans le cas du super-magnétophone, la seule solution est de prospecter auprès de l’administration. Sollicité, le ministère de l’Education passe de grosses commandes pour l’enseignement de l’anglais, alors en plein boom. D’autres magnétophones, destinés au grand public, voient ensuite le jour. Plus petits, plus élégants, moins chers, ils se vendent tout de suite comme des petits pains. Démarche similaire pour les radios. Morita a compris que le temps des postes à lampes est révolu. Pour lancer un modèle portable qui tient dans la poche, il devra utiliser ces fameux transistors qui viennent de faire leur apparition. La compagnie américaine Western Electric lui cède un brevet, dont l’application concerne les appareils contre la surdité, et, à partir de cette base, un transistor entièrement nouveau est conçu pour la miniradio. Pas si mini, d’ailleurs, car l’appareil entre difficilement dans une poche de chemise. Pour la publicité, on confectionne donc des chemises avec des poches surdimensionnées. Et ça marche !

D’autres nouveautés suivent, toujours en appliquant ce principe martelé par Morita : « L’innovation n’est pas une fin en soi. Encore faut-il la développer pour l’imposer aux clients. » Ainsi sont lancés le premier téléviseur transistorisé en 1960, le premier magnétoscope grand public en 1975, le premier baladeur en 1979, le premier Compact Disc en 1982. Toutes ces nouveautés propagent la marque Sony sur la planète entière.

Un nom astucieux

En 1958, la société Totsuko a en effet été rebaptisée. Morita choisit alors un mot court, facile à mémoriser partout dans le monde. Ainsi naît Sony, astucieuse synthèse des mots « sound » (son) et « sunny » (ensoleillé). A l’époque, Morita dirige les finances et le marketing. Il devient directeur général en 1971, puis P-DG en 1976. Durant toute sa carrière, ses priorités resteront les mêmes : créativité de la R & D (10 % du chiffre d’affaires lui sont consacrés), qualité des produits, motivation du personnel. Ses maximes résumant l’esprit Sony deviennent célèbres : « Tout le monde peut innover si sa vie en dépend » ; « On peut faire des erreurs, mais jamais deux fois la même » ; « Les gens sans ambition ni curiosité ne servent à rien »…

En fait, ce patron japonais qu’on décrit si proche de l’Occident cultive ce mélange d’arrogance et de modestie propre aux entrepreneurs de son pays : fier d’être un précurseur mais humble devant les défis que doit relever son entreprise. En 1994, victime d’un accident vasculaire cérébral, il quitte la présidence de Sony au moment où sort la PlayStation. Il meurt cinq ans plus tard, juste avant l’avènement du troisième millénaire.

LES LEÇONS DE SON SUCCÈS

♦ Innover sans adapter parfaitement le produit au marché ne sert à rien.

♦ On peut faire des erreurs, mais jamais deux fois la même.

♦ Seuls les gens curieux et ambitieux méritent d’être embauchés.

 

© Hervé Jannic ■

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